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 Conversation entre les lettres. [Pv. Soliana A. Trior]

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MessageSujet: Conversation entre les lettres. [Pv. Soliana A. Trior]   Mar 16 Jan 2018 - 10:47

Les raies de l’astre solaire heurtaient les rideaux de la bibliothèque. La pièce était baignée de lueurs orangées, dévoilant les myriades de particules poussiéreuses qui recouvraient les livres. Jürgen était doublement accoudé à une table, embusqué derrière deux énormes étagères, les doigts plongés dans sa chevelure en bataille. Ses yeux étaient gonflés, cernés, trahissant ses nombreuses insomnies. Il était partagé entre ses recherches sur la psychologie humaine et sur les antécédents de l’île, son histoire, ses raisons d’être et cette dit « magie ». La vieille, il arpentait les rues, flânant sans dessein, sans envie, quand une enfant d’une dizaine d’années avait réussi à projeter des flammes de la paume de ses mains. Il était resté hagard, hébété, persuadé un court instant que ce n’était que les vestiges de son manque de sommeil qui lui jouaient des tours mais, à plusieurs reprises, il avait observé des adultes, des adolescents, des enfants et même parfois des personnes âgées user de « magie ». Et aujourd’hui qu’il prêtait réellement attention à son environnement, il remarqua seulement que la faculté dans laquelle il travaillait depuis près de deux semaines maintenant, proposait des cours de « magie ». Sa curiosité dévorante le dévorait, il en était presque à chercher un étudiant quelconque pour lui poser des questions. Sa présence ici, son « don » dont parlait la lettre, lui était toujours apparu comme une vaste boutade mais, apparemment, il avait tort.

Son estomac émit un borborygme sonore. Ses parois semblaient se coller l’une à l’autre tant la faim le tiraillait sans cesse. L’horloge indiquait quatorze heures. Il abandonnait son bureau, ses nombreux livres ouverts, ses notes, son cahier, ses cours éparpillés sur la table pour s’élancer dans le lacis de couloirs que représentait la faculté. L’allemand n’avait aucun mal à se fonder dans la masse avec son jean gris délavé, sa chemise large et sa veste à capuche sur le dos, des épis bruns menant un combat acharné en guise de coupe et une barbe éparse dont il n’avait pris soin depuis quelques jours. Il avait l’air d’un étudiant en tout point semblable aux autres mais, peut-être légèrement plus âgé.

La galerie des amphithéâtres était le point de rendez-vous des élèves à l’heure du déjeuner et même un peu plus tard. Ils s’agglutinaient autour des distributeurs, des machines à café, dehors sous le préau en train de s’empoisonner par des cercueils de tabac, partagés entre rires gras et affections humaines multiples. Jürgen jouait des coudes et des mains pour se hisser jusqu’à un distributeur. Il inséra ses dernières pièces pour obtenir un sandwich club jambon-chèvre miteux mais, il avait trop faim pour s’en plaindre. Assis sur un banc, il dégusta son met avant d’essuyer du revers de la main les miettes qui s’étaient déposées à la commissure de ses lèvres. Les borborygmes du bâtiment remplaçaient maintenant les siens : les rires, les conversations mondaines, la séduction, les pas sulfureux sur le carrelage des retardataires et ça agaçaient prodigieusement le jeune doctorant qui ne parvenait plus à réfléchir. Il quitta sans plus attendre sa place pour regagner la bibliothèque.

Il s’était absenté une demi-heure et la population avait déjà changé. Le mutisme de cette salle lui plaisait. Personne n’osait même se racler la gorge, seul le bruit des pages qui s’entrechoquent résonnait. Ses pupilles avides d’informations oscillaient entre les nouvelles têtes. L’une d’entre elle sortait du lot : une longue chevelure bleutée, des vêtements agencés avec qui figurait un désir de discrétion et surtout, un visage incroyablement neutre. Il prit place à sa table sans la quitter des yeux – par chance, l’embrasure entre les deux étagères lui laissaient entrevoir cette ravissante étudiante. Elle affichait une telle indifférence, impartialité, que rien ne paraissait la heurter, l’effleurer. Plongés dans leurs révisions, la plupart des étudiants dépeignaient par leurs traits les empreintes de leurs élucubrations. Incapable de se concentrer sur ses recherches, il n’avait de cesse de la dévisager, réfléchissant à une manière quelconque de l’aborder. Peut-être pourrait-elle me donner des renseignements sur la magie au sein de l’île songeait-il comme pour justifier l’approche psychologique qu’il crevait d’envie de faire.

« Excusez-moi, je peux me mettre à côté de vous ? Il n’y a pas vraiment de place ailleurs et vous êtes sur la table proche de l’étagère que je cherche constamment balbutia-t-il à voix basse avant de passer sa libre dans sa nuque pour la masser nerveusement. Dans son bras gauche, il maintenait contre son torse ses affaires. Il avait un air penaud. Je m’appelle Jürgen Wilfrid, je suis doctorant en psychologie. Je ne veux pas vous… importuner Mademoiselle… ? » Il déposa ses affaires sur une parcelle inoccupée de la table tout en dévisageant de plus près son interlocutrice. Son cœur cognait sa poitrine avec force, comme s’il cherchait à s’en extirper alors que les secondes s’égrainaient d’une lenteur frustrante, elles lui paraissaient durer des heures alors qu’il attendait réponse. Il parlait un anglais parfait mais trahit par un léger accent germanique.
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MessageSujet: Re: Conversation entre les lettres. [Pv. Soliana A. Trior]   Mar 16 Jan 2018 - 17:58

Cela fait peu de temps que les cours ont repris. Et je dois bien avouer que ça m'avait manqué. Ce rituel, entre cours et bibliothèque, souvent bousculé par mon incroyablement énergique amie du cours de portugais... Mais peu importe. Il paraît qu'un peu d'agitation ne fait pas de mal ? Enfin bon, on verra. Je l'apprécie quand même...

D'ailleurs, elle n'est pas là, aujourd'hui. Je me demande pourquoi... Je me sens mal, pendant les cours, bizarrement. J'ai l'impression d'être de retour au début de l'année dernière, quand je ne connaissais personne et balbutiais à peine l'anglais, ce qui m'avait valu d'être suivie par un professeur particulier, qui avait longtemps été mon seul ami. Maintenant, les choses ont bien changé. Bien sûr, mon anglais est loin d'être bon, mais, au moins, je sais me faire comprendre.

Enfin, peu importe. Cette journée de solitude touche à sa fin, je vais pouvoir, comme mon habitude, passer l'après-midi à la bibliothèque. Après un repas rapide, je retrouve avec bonheur ma pièce favorite... Malheureusement pleine à craquer, cette fois. Glissant un regard vers ma place habituelle, je constate avec dépit qu'elle est prise. Tant pis, j'en prendrai une autre... C'est le moment que choisit la bibliothécaire, ma deuxième amie, dans le personnel, pour m'aborder avec un livre. Elle me connaît et a l'habitude de me conseiller des livres, qui se révèlent toujours être d'excellents choix. Cette fois, elle affiche un sourire radieux et ne dit rien en me tendant le livre. Je l'observe. C'est une méthode de perfectionnement de l'anglais spéciale hispanophones... On dirait que c'est fait pour moi !

- Jette un oeil à l'auteur.

J'obéis. Et là, stupeur ! Ma soeur... Ma soeur a écrit un livre ! Je jurerais qu'elle avait en tête de me le faire parvenir, même si elle ne sait pas où je suis. Remerciant avec émotion la bibliothécaire, je me précipite vers une table libre pour dévorer l'écriture familière de celle de ma famille qui me manque le plus, après ma mère. Je reconnais bien son style, j'ai l'impression de revivre nos moments à deux, quand elle s'entraînait pour son futur métier de prof d'anglais, me prenant comme élève. Je savoure ses souvenirs, quand une voix m'en tire... Qui ose me chasser de si douces rêveries ? Et le voilà qui se présente ! Je suis bien tentée de l'ignorer. Après tout, si c'est la seule table de libre, pourquoi il s'excuse ? Mais justement... S'il s'excuse pour quelque chose d'aussi insignifiant... C'est qu'il est poli... La moindre des choses serait de lui répondre. J'opte pour la sincérité :

-Désolée, je ne vous ai pas entendue arriver... Voyez-vous, je viens de découvrir le premier livre de ma soeur, et...

Du calme, Sol, ne lui raconte pas ta vie, non plus !

- Je suis Soliana. Et les tables sont à tout le monde, vous avez le droit d'être ici.

Mine de rien, je suis curieuse de l'entendre répondre. J'ai cru percevoir que son anglais est meilleur que le mien, ce qui n'est pas compliqué... Peut-être pourrait-il m'aider ?






Un grand merci à Lyra pour mon tout dernier vava !


Merci beaucoup à toi, très chère Jess ! ^^

   

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MessageSujet: Re: Conversation entre les lettres. [Pv. Soliana A. Trior]   Mer 17 Jan 2018 - 11:37

Ses jambes étaient aussi fébriles que ses doigts dont les tremblements secouaient les livres qu’il maintenait fermement contre lui. Il déglutit avec difficulté, les pupilles rivées sur son interlocutrice qui, durant un court instant, semblait hésiter quant à la réponse à lui fournir. Sans pouvoir se l’expliquer – car le visage de l’étudiante était d’une neutralité terrifiante, il avait l’impression de l’avoir dérangé dans une lecture capitale. Quand ses lèvres remuèrent enfin, l’angoisse paraissait obstruer son ouïe et la réponse apparue lointaine. Ses joues se fendirent alors d’un sourire conséquent. Elle avait accepté, dans un anglais moyen d’ailleurs ne put-t-il s’empêcher de remarquer. Il s’intéressa immédiatement à l’ouvrage et parut rêveur quelques secondes. Personne de sa famille ne lirait ses articles, même s’il parvenait à en sortir car, d’une part, il était sur l’île et d’autres parts, personne n’avait jamais prêté intérêt à ses études, même enfant. Un voile sombre dépeignit ses traits d’une moue maussade avant qu’il ne prenne place en face de son interlocutrice. « Merci beaucoup. Les tables sont certes à tout le monde mais, vous m’avez l’air de quelqu’un d’introvertie et je ne voulais pas vous déranger surtout que vous figuriez submergée par votre lecture. Il hésita un bref moment avant de reprendre : puis, je ne souhaitais guère m’installer à côté de quelqu’un d’autre car… vous semblez sympathique et intéressante. Qu’importe, enchanté Soliana. » Il souriait de nouveau avec une certaine chaleurosité.

Il ne pouvait s’empêcher de trouver un charme discret et enfoui derrière une carapace de neutralité à Soliana, des qualités exceptionnelles s’embusquaient derrière sa timidité, il en était persuadée mais, ne cherchait pas à la brusquer pour autant. Aussi, il ouvrit ses ouvrages de psychologie, son cahier et se saisit d’un stylo quelconque pour commencer à griffonner des notes. Il n’avait de cesse d’osciller entre son cahier et le manuel détenu par l’étudiante. À l’envers, il parvint à déchiffrer qu’il s’agissait d’une méthode de perfectionnement de l’anglais spécialisée pour les hispanophones. Son teint pâle l’avait feinté, il ne s’était imaginé des origines hispaniques mais hollandais seulement, il aurait dû le remarquer aux syllabes qu’elle marquait. Les syllabes marquées différaient d’une langue à l’autre mais, il était bien trop obnubilé par le personnage pour prêter attention à l’utilisation de sa langue. « Si je puis me permettre de te déranger une dernière fois, je suis allemand enfin, de nationalité, j’ai donc un anglais plutôt bon puisque les deux langues sont très liées. Où j’ai grandi, tout le monde était bilingue. Donc… si tu as besoin d’aide un jour, n’hésite pas. Enfin, j’ai pu remarquer que tu te débrouilles quand-même ! Puis, je dispense des cours donc je suis un bon pédagogue il paraît. Je n’aimerai pas passé pour un vantard haha… enfin, mes félicitations à ta sœur. Tu dois être vraiment fière d’elle finit-il par affirmer avec une tendre esquisse qui trahissait son désir de sociabilisation.»

Jürgen n’avait jamais été doué pour se dénicher des amis en usant de ses mots. Il captivait l’attention des individus désireux de se nourrir intellectuellement mais n’était guère habile pour draguer ou nouer une amitié qui ne débutait pas une relation ayant pour dessein l’érudition. Nerveusement, il se tortillait sur sa chaise et tapotait du bout des index sur l’arrête de la table. Ses joues s’étaient teintées de nuances rosées qui contrastaient avec son teint pâle et éreinté. Il n’avait guère l’air plus qu’un jeune adolescent le jour de son premier rendez-vous galant alors qu’il essayait simplement d’aider une étudiante ayant réveillé son instinct de psychologue de par son comportement. « Excuse-moi, je devrai me mêler de ce qui me regarde balbutia-t-il, incapable de saisir une réponse par ses expressions tant Soliana était neutre.  L’angoisse l’oppressait et il sentait un poids imposant sur sa poitrine qui l’écrasait, l’empêchant presque de respirer à grande goulée. Son accent germanique était plus prononcé que lors de ses précédentes phrases, celui-ci étant corrélé au stress. »
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MessageSujet: Re: Conversation entre les lettres. [Pv. Soliana A. Trior]   Mer 17 Jan 2018 - 18:38

En effet, je ne m'étais pas trompée, mon interlocuteur est d'une délicatesse à toute épreuve. Je ne peux m'empêcher de laisser échapper un sourire amusé. D'accord, je veux bien tenter de discuter un peu plus... Et de me dévoiler un peu :

- Ce n'est rien. J'étais très attachée à ma soeur, c'est vrai, et ça me fait plaisir d'avoir un moyen d'avoir l'impression d'être en contact avec elle... J'ai l'impression qu'elle a écrit ça pour moi.... Et la bibliothécaire me connaît assez pour savoir quelle valeur a ce livre pour moi. Elle en aura toujours un exemplaire pour moi, j'en suis sûre. Il me suffira de revenir pour poursuivre ma lecture, ce n'est pas un problème...

J'hésite, puis je poursuis cette énorme tirade par un phrase sincère :

- Vous m'avez l'air sympathique, je veux bien vous donner un peu de mon temps.

Je souris encore, d'autodérision. Je lui ai parlé comme si mon temps était extrêmement précieux et minuté... Ce qui est loin d'être le cas. Mais bon, peu importe. Car la proposition qu'il vient de me faire... Je reste un moment à le fixer bêtement, incapable de répondre. On dirait qu'il est télépathe !

- Je... Je voulais justement vous demander des cours...

Je baisse la tête. Admettre ça, que je voulais m'en remettre à un parfait inconnu, même pour ce qui est des compétences langagières... C'est difficile à avaler. D'habitude, j'attends de bien connaître la personne, avant de lui demander de telles choses... Je n'entends même pas sa dernière phrase, emmêlée que je suis dans mon mélange de honte et d'attente d'une réponse... Ce qui donne un résultat pour le moins... Etrange... Qui doit certainement être visible sur mon visage.






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