Partagez | 
 Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Alcool, échange et psychologie de comptoir. [Pv. Tyr Sørensen]Auteur
MessageSujet: Alcool, échange et psychologie de comptoir. [Pv. Tyr Sørensen]   Sam 6 Jan 2018 - 18:51

Il était de ces nuitées mornes où le ciel reflétait les craintes humaines. La lune se couvrait derrière une armée d'épais nuages, ses raies n'éclairant que partiellement l'horizon comme si elle-même craignait d'épancher sa lumière sur cette terre. Une manteau de neige recouvrait la cité étudiante, y installant une fraîcheur hivernale qui vous gelez jusqu'aux os et Jürgen était prostré derrière sa fenêtre à observer les derniers flocons s'agglomérer ensemble pour devenir un revêtement résistant. Un flocon est vulnérable mais, une myriade de flocons agit comme un barrage songeait-il distraitement tout en portant une tasse de café à ses lèvres. Les arômes lui chatouillaient d'abord les narines et enfin, quand il y trempait sa lippe, quand il sentait la liqueur brûlante descendre le long de son estomac, il était ravivé d'une vigueur nouvelle. Pourtant, ses yeux étaient encore gonflés par le sommeil et il baillait à s'en décrocher la mâchoire, émergeant d'une de ses sièstes post-travail. Depuis son arrivée ici, il partageait sa vie entre ses cours, ses recherches, son lit et l'espoir infondé de retrouver les vestiges du passage de sa dulcinée. Il n'avait encore arpenté les rues, il ne s'était mêlé à la populasse locale, celle qui s'agglutinait dans les bars, échangeait dans les vapeurs d'alcool, de cigarette, qui riait grassement et se gaussait d'aventures salaces. Et très honnêtement, cela lui manquait.

Ce fut avec une détermination certaine qu'il envoya sa tasse vide valser dans l'évier avant de se hâter jusqu'à son armoire. Son réveil indiquait vingt-deux heure. Il fut saisi d'une envie irrépressible de rencontrer du monde ou plutôt, de s'astreindre à ne pas bouger sur une chaise, seules ses pupilles mobiles à observer, satisfaisant sa curiosité morbide. Il osait rarement prendre la parole mais, parfois, une ravissante demoiselle le courtisait ou un de ses élèves cherchait à glaner des informations sur ses recherches. La curiosité intellectuelle était une des merveilles de notre monde.

Il avait revêtu d'un jean gris délavé, d'un t-shirt en coton noir basique, d'un épais pull en laine rouge, de ses éternelles baskettes usées et d'une veste noire quelconque. Il ne chercherait pas à plaire ce soir. À vrai dire, cela aurait été difficile : il arborait une barbe de trois jours éparses et un champs de bataille d'épis brun en guise de chevelure. Son teint était pâle, ses traits tirés, il était l'archétype des jeunes chercheurs qui sacrifie leur santé aux études ou alors, celui d'un jeune geek qui sacrifierait sa santé aux loisirs. Il fourra sa petite vie dans ses poches : du tabac à rouler, des feuilles, des filtres, son porte-feuille, du liquide, un briquet et ses clés. Il glissa même dans la poche interne de sa veste un ouvrage de Dostoïevski, par crainte de s'ennuyer finalement.

Dehors, le froid était glacial. Il sentit sa morsure, le duvet qui couvrait sa nuque et ses bras se hérissant, décontenancé devant cette envie absurde d'affonter l'extérieure à ces heures les plus fraîches. Il marchait d'un pas vif dans la cité scolaire en se dirigeant, selon les indications, vers le centre-ville d'Amishawa. La lune parvenait tout de même à animer les ombres des bâtiments qui dansaient au sol comme des sorcières un soir de sabbat. Le silence était absolu. Jürgen aimait particulièrement l'accalmie qui affligeait les nuits d'hiver. Il pouvait sentir une solitude palpable dans le mutisme du monde, même les oiseaux n'osant échanger de crainte, peut-être, d'attirer les foudres du temps qui n'était déjà peu clément.

Ce ne fut qu'arrivé dans le centre d'Amishawa que les premiers sons des festivités se firent entendre comme le lointain borborygme de la ville. Ses pas furent guidés sur le pavé nu de tout manteau neigeux - sans doute des chasses-neiges passaient-ils par ici, par une musique d'ambiance qui rythmait les aléas d'un bar égayé par la furie humaine. Des cris, des rires et parfois des propos tumultueux se mêlaient au son de la dernière musique à la mode. Il ne tardait pas à appercevoir un néon grésillant indiquant « The secret ». Il s'agissait-là d'un bar en tout point semblable à ceux fréquentés par les étudiants les soirées d'échanges. Agacé par le froid et l'immensité inconnue que représentait la ville à ses yeux immaculés de tout repère, il s'y engouffra, craignant de ne retrouver plus loin un autre lieu de festivité. L'odeur seule aurait pu suffire à le rendre ivre tant l'air figurait chargée des haleines éthyliques de ses occupants.
En premier lieu, il balayait la pièce du regard. Une piste de danse abritait des jeunes qui vidait la pression des études entre l'alcool et la musique, le comptoir offrait un support aux habitués doublement accoudés qui savouraient leurs bières et sur le côté, des couples se livraient à des ébats salivaires presque écoeurants. Ses joues se teintèrent de nuances rosées quand il les observait. Il y avait maintenant plusieurs mois qu'il n'avait plus, ne serait-ce qu'embrasser une fille sans pour autant lui faire écarter les cuisses. Il préférait de loin attendre avec romantisme celle qui embraserait chaque jour de sa vie, ou simplement celle qui ne s'enfuierait pas en apprenant à le connaître. Qu'importe, il s'élança dans la marée humaine qu'était l'établissement, jouant des coudes et des mains pour atteindre le comptoir où il prit place sur un tabouret capitonné de cuir rouge. Il héla le barman : « Bonsoir, une bière, ambrée de préférence, s'il-vous-plaît demanda t-il avec un fort accent germanique. » Il fut servi rapidement et paya son du avant de se replonger dans ses observations en trempant parfois ses lèvres dans la mousse de sa pinte jusqu'à se dessiner une seconde moustache bien plus épaisse. Certains visages lui étaient familiers. Il avait une mémoire visuelle impressionnante et sans doute, les avaient-ils croisé au détour d'un couloir à la faculté.

Celui qui attira son regard le plus longuement fut cependant, un inconnu. Il mesurait près d'une tête de plus que lui et ses vêtements épousaient une silhouette fine, légèrement musclée. Il avait des traits caucasiens, peut-être scandinaves mais, ce qui l'avait happé était sa silhouette, sa taille. Jürgen s'était toujours senti intimidé par les hommes plus costauds ou grands que lui même s'il aimait rivaliser avec eux par son intelligence. Doctorant à son âge était la preuve d'un génie sous-jacent. Il lui adressa un sourire poli avant de replonger le nez dans sa boisson pour s'en délecter de plusieurs longues gorgées qui firent taire ses états d'âmes. Au comptoir, le seul tabouret libre restait celui à côté du sien. Il était partagé entre la curiosité qu'il éprouvait pour cet inconnu et la peur irrationnelle qu'il prenne place à ses côtés. Sémiologue avisé ou fin psychologue, il décelait une forme d'angoisse chez cet homme, des questions infondées, un trouble peut-être ou bien, était-ce simplement parce que personne n'était vierge de tourments aujourd'hui.
avatar


Masculin Date d'inscription : 20/12/2017
Occupation : Doctorant en psychologie
Sexualité : Bisexuelle
Messages : 21


Voir le profil de l'utilisateur

2 ★ - Multiple


MessageSujet: Re: Alcool, échange et psychologie de comptoir. [Pv. Tyr Sørensen]   Dim 7 Jan 2018 - 18:11

Fatigue, lassitude, et surtout un bon gros bordel cérébral. Tyr était arrivé à un stade psychologique où il n'était plus sûr de rien, pas même de sa bonne santé. Le froid s'était sévèrement installé sur l'île, et le jeune homme avait tout d'abord mis sa « déprime » sur le compte de la saison et de la tempête de neige qui sévissait depuis maintenant une semaine. Cependant, après une période plus ou moins creuse, des réflexions relativement poussées lui ont rappelé qu'il était censé être habitué à ce genre de climat. En effet les hivers scandinaves étaient fort plus rudes que celui-ci. Peut être alors était-ce la nouvelle année ? Tyr allait sur ses 20 ans, un âge qui pouvait amener certaines personnes à ressentir un besoin d'assurance, ou quelque chose du genre, il l'avait déjà lu dans une revue, il en était certain. Mais ces réponses-là ne le satisfaisaient pas, il avait besoin de pousser sa réflexion plus loin, de se poser pour écouter tous les signaux d'alarmes contradictoires que lui envoyaient son cerveau, et ce un par un.

Au milieu de la soirée, alors que la nuit était déjà bien installée, que les flocons ne tombaient pas encore, et même alors que la lune éclairait toujours le sol verglacé, seulement interrompue par quelques nuages intermittents, Tyr s'était dit que le meilleur moyen de trouver une première approche à la solution de son problème était de rester auprès des siens, de sa famille proche. Et sa seule famille proche sur cette île était sa cousine, Agnete, vivant à Amishawa. Ils avaient autrefois été aussi proches qu'un frère et une sœur, voire plus encore, mais leur séparation pendant une année complète a brisé quelque chose en lui. Cependant leurs retrouvailles a réparé tout cela, du moins il le pensait …

Il prit donc le bus de Kousha jusqu'à Amishawa, la capitale, afin de lui rendre une visite surprise, convaincu du bien fondé de cette action. Tyr se permit même le luxe d'un court somme, un peu rassuré, bien au chaud grâce à la climatisation du bus, avec du bon vieux Mayhem et du Burzum dans les oreilles. La musique et le vent glacial qui soufflait dehors lui rappelait avec nostalgie sa Norvège natale, et les rues animées de la capitale avaient une certaine saveur d'Oslo. Lorsque le bus arriva enfin à la gare routière de la ville, il sortit un paquet de Red Apple de la poche intérieure de son manteau long et noire, ainsi qu'un briquet à essence sur lequel étaient gravées ses initiales, offert par son père pour sa majorité. Il inspira une bouffée, et la fumée du tabac blond vint emplir son palais d'arômes sucrés. Il regarda un instant la boite en carton jaune, et sa pomme rouge de laquelle sort un ver vert avant de la remettre à sa place.

Une vingtaine de minutes de marche plus tard, Tyr arriva au pied de l'immeuble où vivait Agnete. Un rapide coup d'oeil à la fenêtre de son appartement lui indiqua qu'elle était présente. Or, au moment de poser le doigt sur la sonnette, un doute lui survint. Il repensa à cette fameuse matinée, où il s'était rendu compte qu'ils avaient dormi nus ensemble. Sa recherche de préservatif usagé dans toutes les poubelles de son appartement n'avait rien donné, et il était d'autant plus angoissé … Cette angoisse lui sauta soudainement à la gorge, et il fit un pas en arrière, rentrant sa main gelée dans sa poche. Il resta un instant interdit devant la porte, puis, résigné, il fit demi-tour. Il n'avait désormais plus qu'une seule envie : boire. Fort heureusement, le quartier animé de la ville n'était pas loin, et il s'y dirigea prestement.

Une enseigne attira alors son œil : « The Secret ». C'était assez lumineux, et il entra alors à l'intérieur. Il devait être environ vingt deux heures lorsqu'il s'installa au comptoir, sans vraiment faire attention à la population qui était présente dans les lieux. Une jeune serveuse vint le voir, et il commanda son premier verre :

- Une double vodka s'il vous plaît !

Au bout de son troisième verre, il remarqua qu'un autre homme s'était installé à la seule place libre à côté de lui. Sa tête commençait à tourner, légèrement, et le moindre mouvement devait s'accompagner d'un minimum de précaution. Tyr le dévisagea longuement, puis retourna à son verre. Il devait être un peu plus âgé que lui, mais sans plus, avec une barbe de quelques jours, et un teint fatigué. L'homme était en train de siroter une bière. Sans même se retourner, il marmonna assez fort pour que l'autre l'entende :

- On vient boire pour oublier ?






Invité
Invité


MessageSujet: Re: Alcool, échange et psychologie de comptoir. [Pv. Tyr Sørensen]   Lun 8 Jan 2018 - 18:46

L'odeur omniprésente de l'ivresse des occupants commençait à retourner l'estomac du jeune doctorant. Ou alors était-ce la pinte qu'il venait de terminer. L'alcool semblait lui remplir l'estomac alors qu'il n'avait guère soupé avant de quitter son appartement. Il ne vivait d'amour et d'eau fraîche mais de cigarettes et de bières, toutes deux suffisamment consistantes pour le sustenter. Sans plus attendre, il commanda une autre pinte avant de replonger dans ses œillades indiscrètes. Il oscillait longuement entre le jeune homme siégeant à ses côtés et le paysage d'archétypes sociologiques qui s'offrait à lui. Les couples, les ivrognes, les étudiants ivres de jeunesse et ce garçon, qu'il soupçonnait étudiant, seul, enchaînant les vodkas sans chicane. Ses traits scandinaves dépeignaient des tourments profondément enfouis derrière des réflexions hasardeuses, Jürgen en était persuadé sans pouvoir se l'expliquer. Nonobstant sa curiosité dévorante, il dévorait seulement son verre, incapable de lui adresser la parole, comme à son habitude. Et pour lui conter quoi ? Qu'il est psychologue, fasciné par les histoires des autres, désireux de satisfaire ses indiscrétions songeait-il pour lui-même. Il réprima un sourire mauvais, moqueur, qui défigurait ses traits d'une grimace hideuse. Des mots, aussi tranchants qu'une épée, vinrent transcender le vestige amer de ses pensées. Il lui adressait la parole. L'allemand pivota, cherchant quelqu'un d'autre mais, il n'y avait qu'un vieil homme assoupi à ses côtés, de la bave séché au bord des lèvres. Il en déduit qu'il ne pouvait s'adresser qu'à lui. Il s'empourpra avant de pincer ses naïades nerveusement. Sa matière grise s'était brusquement activée jusqu'à surchauffer. Les secondes s'égrainèrent, longuement, elles lui paraissaient durer des heures alors qu'il cherchait une répartie convenable. « Pas vraiment. J'aime le goût de l'alcool et il est vrai que j'aime la plénitude des sens qu'offre l'ivresse, la désinhibition, la liberté et le sentiment de puissance, de tenir les conversations sous son joug. Mais, ce que je préfère dans les bars, ce sont les conversations et les rencontres qu'on peut y faire. J'aime écouter les gens. Je travaille dans la psychologie à vrai dire donc, c'est un peu mon travail lâcha-t-il avant de marquer une pause de quelques instants, rêveur. Il reprit promptement : Qu'importe ! Je me suis perdu. Et vous, vous venez boire pour oublier ? J'aime... observer les autres et vous m'avez l'air... légèrement agité, anxieux, troublé peut-être ? Enfin... sans indiscrétion. » L'alcool lui déliait la langue aussi aisément que ses obligations professionnelles.

Une fine pellicule de mousse lui couvrait la moustache. Il vint l'essuyer du revers de la main avant de poser son verre vide sur le comptoir dans un claquement sonore. La bière lui offrait un léger sentiment de flottement. Sa vision s'était couverte d'un voile nébuleux et la conversation lui figurait presque lointaine dans le brouhaha ambiant. Ses élucubrations internes obstruaient les borborygmes du bar. « Une double-vodka aussi s'il-vous-plaît m'sieur quémanda-t-il au serveur quand il effleura Jürgen dans son ballet éthylique. Il progressait avec l'aisance d'une danseuse entre les clients. » Le verre dégageait une odeur puissante qui embrasait son nez. Il porta la coupe à ses lèvres et fit descendre le liquide cul-sec dans sa gorge. Celui-ci lui fit l'effet d'une coulée de lave sur une terre aride qui allumerait une flamme dans son giron, celle de la conversation. « J'imagine que vous pouvez penser que je suis un charlatan qui ne recherche que... je ne sais pas... une quête inassouvie d'informations mais la psychologie a son lot de véracités. Surtout si on la couple à la sémiologie. Petit exemple tout à fait... élémentaire : votre démarche nonchalante et décontracté indique que vous ne prêtez guère attention à ce que les autres peuvent penser de vous. Ou simplement... le fait que je prenne une double-vodka comme vous est un mimétisme que la société nous inculque. Pour s'intégrer dans un groupe social, on a tendance à imiter. La sémiologie me fascine... Mes excuses, je parle peut-être trop. » Il avait volontairement émis deux faits de bases que n’importe quel individu lambda pourrait comprendre et qui, du premier, lésait son interlocuteur et du second, le lésait, de manière à les mettre sur un même pied d’égalité en énonçant leur imbrication dans un système de communication purement humain. Ainsi, il espérait gagner la confiance du jeune homme afin de faire perdurer la discussion qui lui plaisait excessivement. Il glissa une main derrière sa nuque pour la masser nerveusement. La chaleur engendrée par l'alcool qui embrasait ses sens se dissipait peu à peu. Des frissons lui hérissèrent les poils de la nuque. Il s'accouda doublement au comptoir et plongea dans la mer bleutée des iris de son interlocuteur. Cet azur intense contrastait avec la noirceur de la cascade brune qui longeait son crâne. « D’ailleurs, je me joue de la psychologie mais, je ne me suis même pas présenté. Excusez-moi. Jürgen Wilfrid, enchanté ! » Il lui tendit une main à serrer couplée à un charmant sourire qui se voulait apaisant.
avatar


Masculin Date d'inscription : 20/12/2017
Occupation : Doctorant en psychologie
Sexualité : Bisexuelle
Messages : 21


Voir le profil de l'utilisateur

2 ★ - Multiple


MessageSujet: Re: Alcool, échange et psychologie de comptoir. [Pv. Tyr Sørensen]   Mer 17 Jan 2018 - 18:39

Peut être était-ce du à l'alcool qui emplissait peu à peu ce qui lui servait de fluides vitaux, peut être pas … Mais il lui sembla alors que le type assis à côté de lui mit un certain temps avant de trouver quoi lui répondre. En fait, Tyr devina même que cet homme là ne pensait pas qu'il s'adressait à lui à première vue. Mais aucun des alcooliques affalés sur le comptoirs ne l'intéressaient tant leurs vies semblaient inintéressantes, insignifiantes, sans but. Ce complexe de supériorité ne lui était jamais apparu auparavant, aussi il remarqua rapidement que ces pensées-là étaient relativement déplacées. Pendant le court laps de temps entre sa question et la réponse de l'autre, il tenta d'analyser ce qu'il ressentait. Oh il savait que ce serait loin d'être une analyse complexe, poussée et argumentée, non seulement parce que l'alcool l'en empêchait, mais aussi parce qu'il était plus quelqu'un d'instinctif que de réfléchi. Il prendrait donc les pensées qui lui viendraient à l'esprit dans l'ordre.

Déjà, tout le monde n'était pas concerné par cette reconnaissance en tant que personne « inférieure » (ce mot le fit tiquer, mais c'était bel et bien comme ceci qu'il les voyait). Seuls ceux qu'il voyait affalés sur le comptoir, ou rire comme des abrutis finis autour d'une joyeuse (mais stupide) tablée, comme si la vie n'était que joie et allégresse. C'était probablement un reproche qu'il leur faisait vis à vis de leur insouciance, mêlé à une pointe de jalousie noire, sans réelle raison si ce n'est une mauvaise humeur passagère. Ensuite, pourquoi maintenant ? La réponse lui parut de prime abord assez évidente : l'alcool. Cependant il avait déjà pris des cuites monumentales, en étant beaucoup plus déprimé que cela sans éprouver de telles pensées. Peut être l'atmosphère qui régnait sur cette île alors ? Peut-être … Il y avait aussi cette … Affaire. Ce qui s'était passé cette nuit-là et qui était encore affreusement obscur. Puis le type finit par lui répondre, et il se décida à reporter cette introspection à plus tard.

Son vocabulaire était riche, et un peu compliqué à comprendre, surtout pour quelqu'un qui avait un coup dans le nez. En revanche, ce type était dans le domaine de la psychologie, et c'était une aubaine ! Un moment, Tyr se demanda si discuter psychologie de comptoir avec un parfait inconnu tout en branlant du chef était une bonne idée, mais la réponse était dans son interrogation : c'était un parfait inconnu, il n'en avait que faire d'être jugé. Il se décida donc à lui répondre :

- Je pense bien que j'essaye d'oublier, ou de mieux comprendre en fait. Disons que ma situation actuelle ne me convient pas. Pas dans le sens propriétal, j'ai de la thune, j'ai un bon appart, et un chat qui s'appelle Napoléon. On peut dire que je suis troublé, effectivement … C'est bien que vous soyez psychologue, on devrait pouvoir discuter, seulement j'aimerai attendre un peu d'avoir plus … confiance en vous, on va dire.

Tyr essaya de déchiffrer l'air qui s'afficha alors sur le visage de son comparse, mais c'était peine perdue, ses yeux se voilaient déjà. En revanche, le fait que son interlocuteur commande à son tour une double vodka passa à ses yeux pour une preuve de bonne volonté, aussi il tâcha de paraître moins hostile envers lui. Le norvégien commanda donc un nouveau verre à sa suite, pour faire bonne figure, mais en sachant pertinemment qu'il arrivait à environ la moitié de ce qu'il pouvait supporter avant de devenir totalement incohérent et inutile. En parlant d'incohérence et d'inutilité, son interlocuteur se mit à énoncer une suite de termes qu'il ne comprit qu'à moitié, et il s'empressa d'ailleurs de le lui faire remarquer :

- Houlà l'ami, désolé de te le dire, mais j'ai pas tilté la moitié de ce que tu as dit. Tu m'as perdu à sémantique en fait … Certes, j'en ai pas grand chose à faire de ce que l'on peut dire sur moi, je pense que tu as bien deviné. Et le fait que tu prenne une vodka comme moi … Je prends ça pour un signe amical, rien de plus, je pense que tu te complique inutilement la vie.

Et un nouveau cul sec pour la une ! Le type à qui il parlait semblait cependant un peu nerveux … Tyr envisagea de se présenter alors, mais il fût devancé.

- Ha. Tu lis dans mes pensées … Moi c'est Tyr, Tyr Sørensen, de même !

Et il attrapa la main qui lui était tendue pour lui serrer, peut être un peu plus fort qu'il ne l'avait voulu au départ, mais rien ne valait une bonne poignée de main bien virile pour débuter une discussion constructive autour d'un bon verre d'alcool. Ses sombres pensées s'étaient évanouies dans des vapeurs brûlantes de vodka serrée, et Tyr hocha silencieusement la tête. Le fait qu'il le tutoyait alors que l'autre le vouvoyait n'était pas à prendre comme un manque de respect mais plutôt comme une marque de reconnaissance en tant qu'égal. Il avait une bonne première impression sur ce Jürgen …

- Eh bien, Jürgen, de quoi allons nous parler désormais ? Tu veux savoir ce qui me taraude ? Ou peut être qu'étudier la consistance des autres a fini par te griller quelques neurones et que tu souhaite un petit check-up de la part de quelqu'un de non initié …

Et il recommanda une double vodka.






Invité
Invité


MessageSujet: Re: Alcool, échange et psychologie de comptoir. [Pv. Tyr Sørensen]   







Contenu sponsorisé


 

Alcool, échange et psychologie de comptoir. [Pv. Tyr Sørensen]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» On ne change pas une equipe qui gagne
» Tu noies tes chagrins dans l'alcool ? Méfie-toi, ils savent nager. [PV Jennyfer Shepard]
» La psychologie par Mr Grabeuz
» DOLLARISATION / À chaque entreprise son taux de change
» SUJET TERMINE - L'alcool, les bêtises, toi et moi. [Allie]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Himitsu no Kii :: La Ville d'Amishawa :: Quartier de Fêtes :: Bar « The Secret »-
Top-Sites